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05 décembre 2005

Lettres de mon chateau : 19 - Signé François Bayrou

Pour une présentation générale des lettres de mon chateau, écrites par Mazarin, aka Sarkozy

Lettre 19 – Signé François Bayrou 

Monsieur le Président de la République,

Devant les multiples tentatives de division de la majorité présidentielle, j’ai décidé de prendre un certain nombre d’initiatives politiques qui me semblent particulièrement bien venues. Puisque la plus grande partie de vos ministres ont choisi de se taire ou de partir en vacances, je vais donc me porter sur le devant de la scène. Bien sûr, il me faudra brusquer ma nature mais l’enjeu en vaut largement la peine. Permettez-moi de vous suggérer, Monsieur le Président de la République, de reprendre d’urgence votre majorité en main. Malgré toute sa bonne volonté, Alain Juppé est hors d’état de le faire. Le pauvre a pris tellement de coups et assumé avec un tel courage de si nombreuses épreuves qu’il ne peut plus, hélas, vous être de la moindre utilité en la matière. C’est bien malheureux, mais c’est ainsi. Quant à Hervé de Charrette et Charles Pasqua, nous ne pouvons aucunement compter sur eux. Ils seraient certes prêts à nous aider, mais à quoi bon, leur tentative de mainmise sur l'UDF ayant lamentablement échoué. A la réflexion, il ne reste que moi qui ai encore une certaine capacité d'initiative et de manœuvre. Je sais par ailleurs où il convient de porter le fer. Pierre Méhaignerie se pose en leader de la fronde balladurienne. C'est un comble, alors qu'il n'a jamais été un chef et qu'il fut le dernier des balladuriens. En ma qualité de président du CDS, j'entends donc le remettre sur le bon chemin. Et avec brutalité encore. Je ne peux accepter ses attaques répétées contre vous et notre gouvernement. J'ajoute que ma qualité d'ancien balladurien me donnera une grande autorité et une parfaite légitimité pour engager cette véritable action de police. Vous n'avez pas à vous inquiéter, j'ai tous les moyens pour mener à bien cette opération. Au besoin, je me ferai aider par Philippe Douste-Blazy dont le sens politique n'a plus à être démontré et qui a su, dans un passé récent, montrer de très réelles qualités d'adaptation. Je vous prie de croire, Monsieur le Président de la République, en l'assurance de mes sentiments toujours aussi chiraquiens. 

François Bayrou 

PS. : Par correction vis-à-vis de Pierre Méhaignerie, je ne vous communique pas la teneur de la lettre que je vais lui adresser, mais je vous prie de croire que le ton que j'ai employé n'était pas des plus amènes. Je crois même pouvoir dire qu'il était franchement brutal. Mon interlocuteur aura certainement bien du mal à s'en remettre. Quant au fond des choses, j'ai été encore plus ferme et déterminé que sur la forme. Je lui ai notamment indiqué très clairement qu'à continuer ainsi il risquait de perdre la présidence de la commission des Finances, poste auquel il tient tout particulièrement. J'ai vraiment été heureux, Monsieur le Président de la République, de pouvoir vous démontrer, en cette période si difficile pour vous, ma capacité à agir et ma détermination à vous servir. J'espère de tout cœur que vous y serez sensible. Peut-être même cela vous donnera-t-il quelques idées au moment où, bien à contrecœur, vous serez obligé de lâcher Juppé et qu'il vous faudra trouver alors un homme qui ait largement fait ses preuves et en qui vous aurez une très réelle confiance. S'il le fallait, je serais également prêt à vous rendre ce service moi-même bien que vous ayez noté que cela ne m'enthousiasme guère. Je n'ai jamais été de ces quadragénaires fanatiques de leurs ambitions et de leur petite personne.

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Signé Philippe Douste-Blazy

Monsieur le Président de la République,

C'est bien à contrecoeur que je me décide à vous écrire. Non que je n'aie pas envie de le faire, ni bien entendu que je n'en ressente l'insigne honneur. Tous les jours, j'éprouve l'envie furieuse de vous écrire, de vous parler, pour vous dire combien je suis admiratif de votre action et de votre personne. Depuis trois mois que vous êtes président, vous faites un véritable sans-faute. Les témoignages que j'en reçois sont multiples et parfaitement concordants. Le pays est littéralement ébloui par vos déclarations, par votre action et par votre détermination. Dois-je vous avouer que je le suis plus encore. C'est normal, moi qui ai connu la période qui vous a précédé. Je puis dire sans flagornerie qu'elle est sans commune mesure à votre avantage Mais ce n'est pas pour vous complimenter que j'ai pris la plume, quelle que soit par ailleurs l'envie qui m'étreignait. Non, si je vous écris, c'est parce que je suis choqué de l'attitude de certains de vos ministres à votre endroit. Ce n'est pas parce que François Bayrou est mon président du CDS et mon ami que je dois m'abstenir de dire ce que je pense de son attitude et de vous en informer. Ma nature m'a toujours porté à la plus grande franchise et à la parfaite rectitude. Je ne sais donc ce que Bayrou vous a dit de la lettre qu'il a adressée à Pierre Méhaignerie, je sais en revanche ce qu'il y a dans cette lettre. Je doute que les intentions déclarées et la réalisation effective soient de la même eau. J'ai pu me procurer une copie de cette missive. Je me fais un devoir de vous la communiquer pour que vous soyez parfaitement informé de la réalité de la situation et que vous puissiez juger de la qualité des hommes. 

Je vous prie de croire, Monsieur le Président de la République, en l'assurance de mes sentiments toujours aussi chiraquiens.

Philippe Douste-Blazy 

P.S. : Vous trouverez donc ci-joint la copie de la lettre qu'a adressée Bayrou à Méhaignerie. Si vous en tiriez des conséquences rapides, peut-être puis-je me permettre de vous signaler que je connais bien les dossiers de l'Éducation nationale, ma qualité de professeur de médecine m'a permis, depuis bien longtemps, de réfléchir aux affaires de l'université. Je vous le dis en passant, car, comme vous aviez pu vous en apercevoir à de nombreuses reprises, je n'ai jamais nourri de réelles ambitions si ce n'est celle que j'ai toujours éprouvée pour vous.
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Copie de la lettre de François Bayrou à Pierre Méhaignerie

Mon cher Pierre,

Si tu savais comme il est bien difficile pour moi de te succéder à la présidence du CDS. Tu avais si profondément marqué de ton empreinte ce poste que j'avoue avoir bien du mal à y porter ma marque. Tu sais que je n'ai pas l'habitude de pécher par excès de modestie mais je dois bien reconnaître la réalité telle qu'elle est : tu as été un grand président du CDS. Note bien que cela me procure un bien réel plaisir de te le dire. Notre famille politique te doit tout. Il est légitime qu'étant ton successeur je te rende les honneurs et les mérites auxquels ton statut te donne légitimement droit. Ce n'est que justice. En te disant cela, je ne fais que mon devoir le plus élémentaire. Depuis que tu as quitté le gouvernement, tu ne peux savoir combien tu me manques. Pas une seule journée sans que je ne pense à toi. Quel plaisir et en même temps quel soulagement c'était pour moi de savoir que, à la première difficulté, je pouvais passer te voir place Vendôme pour te confier mes petits et mes grands soucis. Oui, tu me manques, car j'aurais besoin de pouvoir consulter le sage que tu as toujours été. Ici, l'ambiance est bien morose il n'y a aucune solidarité entre les ministres. Ils sont tous tétanisés par la peur de commettre la moindre gaffe D'ailleurs, Juppé n'attend que cela : à la première occasion, il exécutera les mauvais et, tu peux me croire, sans le moindre état d'âme. Même entre les ministres CDS, la bagarre fait rage. Barrot, comme à son habitude, joue personnel. Il me déteste, car je suis plus jeune que lui. Mais franchement, mon cher Pierre, ce n'est tout de même pas de ma faute. Quant à Douste-Blazy, n'en parlons même pas. Il me soutient aujourd'hui comme il a soutenu Bosson hier et toi avant-hier. C'est-à-dire qu'il agit comme la corde qui tient le pendu. Je ne te fais pas de dessin. Tu le connais comme moi puisque nous avons été assez bêtes pour le faire entrer. Au moins, unissons nos efforts pour le faire sortir. Quant au Premier ministre, on ne peut dire un mot. D'abord, il n'a jamais le temps et, ensuite, il se méfie de moi comme de la peste. Il pense que je veux sa place. Il se trompe, il n'a même pas compris que c'est celle de Chirac qui m'intéresse. Juppé, quand il me rencontre, n'a qu'une seule idée en tête : où en est le référendum sur l'Éducation nationale que Jacques Chirac a promis durant se campagne ? Tu te rends compte, je suis certain qu'il veut m'humilier. Avec tout ce que j'ai dit sur ce maudit référendum qui est d'une rare bêtise. Et de surcroît, il va falloir que je l'organise. Un cauchemar. J'ai bien essayé de gagner du temps Rien à faire. On dirait qu'ils y tiennent comme à la prunelle de leurs yeux. J'ai même tenté d'envoyer mon secrétaire d'État, Françoise Hostalier, peine perdue. Comme toujours, tu as bien fait d'émettre des réserves sur l'affaire des essais nucléaires. Ils pensaient, les inconscients, qu'ils n'auraient à affronter que deux ou trois jours de grogne au-delà de nos frontières. Ils n'ont même pas vu qu'ils allumaient un fameux incendie en France même. Que les jeunes, dont le prétendu soutien les rend si fiers, vont immédiatement se retourner contre nous. Chirac va même jusqu'à se glorifier de cette décision qu'il prétend irrévocable. Le pauvre croit que cela pose de dire ça. Tu as vu les derniers sondages, il perd dix points. Quand je pense qu'il m'a dit : « Tu as vu, François, cela change d'avec l'indécision de Balladur. » Tu parles si cela change. D'ailleurs, parlons-en de Balladur. J'ai un grand service à te demander. J'ai l'impression qu'il m'en veut. Tu peux compter sur Léotard et Sarkozy pour en rajouter. J'aimerais tellement qu'il accepte de me recevoir. Bien sûr, il conviendra de prendre quelques précautions. Inutile d'exagérer, il suffira de prendre le temps de se voir dans un endroit discret. J'espère que tu ne m'en voudras pas de terminer cette lettre qui est d'abord un geste d'amitié par une bien modeste supplique. Je sais bien que le groupe parlementaire du CDS est, comme toi, de fort méchante humeur contre le gouvernement. Le sommet européen de Cannes fut, malgré les agitations du président, un ratage sans précédent. Cela n'a évidemment rien arrangé vis-à-vis du groupe. Mais si tu continues à critiquer aussi violemment l'action du président et du Premier ministre, tu risques de compromettre mes chances d'être un jour Premier ministre. Tu sais ce n'est pas pour moi que je le dis. Finalement, mon sort est de bien peu d'importance. C'est pour notre famille politique qui attend depuis si longtemps que l'un des siens aille à Matignon. Reconnais que ce serait pour toi, qui a tant fait pour chacun de nous, un bien grand jour. Eh bien, figure-toi que c'est pour te faire cette joie que j'ai envie de réussir ce projet. On peut faire de la politique et avoir des sentiments profonds. C'est mon cas. C'est pourquoi j'ose te demander de mettre un petit bémol à tes critiques, juste le temps que tout le monde parte en vacances. A la rentrée, tu pourras reprendre de plus belle. Crois-moi, ce ne sont pas les occasions qui vont te manquer. Car s'ils ont déjà fait des erreurs, ce n'est rien en comparaison de celles qu'ils s'apprêtent à commettre. Ils sont si certains d'avoir raison que l'on peut craindre le pire sans aucun risque d'être déçu. Crois, mon cher Pierre, en ma toujours si vivante amitié et ma toujours vibrante reconnaissance pour ce que tu as fait pour moi et pour tous les nôtres.

François Bayrou



Posté par acidtest à 18:18 - Quand Sarko était marrant... - Commentaires [1] - Permalien [#]

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