politiful people

blog bd sur la présidentielle 2007 et regard humoristique sur la campagne

20 février 2008

Lettres de mon chateau : Funny Sarko not dead !

Bon, ça fait un petit moment que rien n'avançait dans les Lettres du Chateau, mais comme durant cet intermède, Sarko s'est remis à cool et fun, Politiful n'avait pas de grande motivation à ressortir du réchauffé.

Bon, aujourd'hui, c'est Politiful, qui semble sérieux avec ces 2  nouvelles lettres qui révèlent Sarko sur sa politique monétaire (aussi, une justification de l'époque Balladur) et la politique étrangère et les relations avec les US.
Bref, 2 morceaux importants de son programme, mais en plus marrant,quand même.

lettre 18 - De Jean-Claude Trichet à Alain Madelin
lettre 20 - A l'attention de Bill Clinton

Enjoy

Pour en savoir plus, sur les lettres et accéder aux 15 lettres retranscrites

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27 novembre 2007

Lettres de mon chateau : toujours et encore !

La suite de la suite avec cette parution de la lettre 5 - Signé Line Renaud (Encore)

Nous continuons notre travail d'historien de l'époque, où c'était lui qui écrivait sa prose (beaucoup moins de figures stylistiques du genre "trouvez-vous normal que..")

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26 novembre 2007

Lettres de mon chateau : ça continue !

Juste une nouvelle lettre signé Line Renaud, qui auto-égratigne Sarkozy, avec l'apparition de Christine Albanel

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23 août 2007

Lettres de mon chateau : one more time !

Kpu a transcrit une lettre supplémentaire, une des plus connues, qui égratigne Villepin, Juppé et Charasse. Merci à elle.

1 - Signé François Mitterrand

Pour en savoir plus et lire les autres "lettres de mon chateau" de Sarkozy (alias Mazarin)

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28 juin 2007

Lettres de mon chateau : et hop, 2 de plus !

Des amabilités comme cela ne méritent d'être oubliées surtout entre collègues ou "de l'efficacité de Jean Louis Debré selon Nicolas Sarkozy".

10 - Signé Jacques Chirac : note à Claude Pilhan et Claude Chirac

23 - A l'attention de Jean-Louis Debré

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24 juin 2007

Suite des lettres de mon chateau : 2 nouvelles lettres

Aujourd'hui, 2 nouvelles "lettres de mon chateau".

2 - A l’attention de François Mitterrand (Merci à Kpu pour la transcription)
4 - A l'attention de Jean Tibéri

Je remercie Kpu, fan cachée de NS, désireuse de l'aider à laisser sa marque dans l'histoire ;-) qui s'est gentiment proposée pour la transcription de quelques lettres (elle a transcrit la lettre 2!)

Je la remercie aussi pour m'avoir fait remarquer que je n'avais pas repris la phrase d'introduction identique pour chaque lettre, que je vous livre donc ci-après et doit avoir sur les aficionados des "Lettres de mon chateau" le même effet pavlovien à peu près que "The following takes place between 8am and 9am..." :

Depuis son arrivée à l’Elysée, Jacques Chirac a beaucoup écrit et reçu de nombreuses lettres. Tout le monde s’adresse à lui : ses amis, ses ennemis, ses proches comme ses adversaires. Un de ses fidèles, homme de l’ombre et de pouvoir comme l’était Mazarin à compilé cette correspondance historique.

Le billet expliquant en détail les lettres de mon chateau (liste complète) est ici.

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01 mai 2007

Quand Sarko était marrant : Histoires des "Lettres de mon chateau"

Update 20/02 : Lettre 18 et Lettre 20 rajoutées, soit 15 lettres en tout

PP, comme vous le savez, cultive la nostalgie, mais nous faisons aujourd'hui un saut dans le temps pour revenir au bon vieux temps où Sarkozy était marrant et inactif! (et vice versa)

Eté 1995. Chirac est élu depuis 4 mois pour sa première présidence après un combat sans merci avec Balladur. Un certain Mazarin, secrétaire fictif de Chirac,défraie la chronique en publiant dans "Les Echos" des échanges épistolaires fictifs, mais très informés, entre personnalités politiques.

En 2004, Sarkozy a reconnu avoir été l'auteur de ces lettres en ajoutant qu'il devait y avoir prescription avec le temps.
Tout le monde en prenait pour son grade, y compris Sarkozy, qui ne manquait pas d'humour à l'époque (capacité à se moquer de soi-même)
Etant surpris de la difficulté pour retrouver ces lettres, et considérant qu'elles constituent une information pour la campagne présidentielle actuelle, je considère qu'il est nécessaire de les ressortir pour montrer un Sarkozy qu'on ne verra pas avant longtemps.

Si certaines ont un aspect humoristique évident (17 - Patrick Bruel), d'autres démontrent une certaine ambiguité du personnage, notamment vis à vis de la justice (11 - Mitterrand à Toubon) .

Elles sont certainement couvertes par le droit d'auteur, mais considérant, que l'identité de Mazarin n'est pas formellement établie (oui, je sais, je dis que c'est sarko, et puis je dis que peut être c'est pas lui! je pinaille) et qu'il n'existe pas de moyens commerciaux alternatifs, je vais tenter d'en mettre quelques unes à disposition. Je m'engage à les retirer à première demande pertinente.

Voici les lettres avec les liens pour celles disponibles :
1 - Signé François Mitterrand
2 - A l'attention de François Mitterrand
3 - Signé Line Renaud
4 - A l'attention de Jean Tibéri
5 - Signé Line Renaud (Encore)
6 - ?
7 - Signé Omar Bongo
8 - A l'attention de Philippe Séguin
9 - Signé Amiral Lanxade, chef d'état-major des armées
10 - Signé Jacques Chirac
11 - Lettre de François Mitterrand à Jacques Toubon
12 - Lettre de Valéry Giscard d'Estaing à Jacques Chirac
13 - Signé Marc Blondel
14 - A l'attention d'Edouard Balladur
15 - Signé Brice Lalonde
16 - A l'attention de Nicolas Sarkozy
17 - De Patrick Bruel à Philippe Douste-Blazy
18 - De Jean-Claude Trichet à Alain Madelin
19 - Signé François Bayrou
20 - A l'attention de Bill Clinton
21 - Signé Denis Tillinac
22 - Signé Michel Rocard
23 - A l'attention de Jean-Louis Debré
24 - A l'attention du Général de Gaulle

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27 décembre 2005

Lettres de mon chateau : 5 - Signé Line Renaud (Encore)

Monsieur le Président de la République, Mon grand Jacques, 

Je n'en reviens pas. Je ne peux même pas y croire. Tes collaborateurs commencent à te cacher ton courrier personnel. Tu seras certainement curieux d'apprendre qu'on a fait répondre à ma lettre par l'une de tes obscures collaboratrices. Oui, c'est la vérité, à moi, ta si vieille amie, ton soutien le plus fervent, me faire répondre par une employée, une employée qui se permet de m'adresser ses sentiments respectueux et dévoués ! Qu'est-ce que j'en ai à faire de son dévouement, moi qui t'embrassais déjà quand cette inconnue était encore à l'état de projet dans la tête de ses parents. Et son respect ! Qu'est-ce qu'il me fait, le respect de cette technocrate, moi qui ai échoué au BEPC ! J'ai donc décidé de prendre les grands moyens. J'ai demandé à José, ton fidèle huissier qui m'embrasse comme du bon pain, de donner la copie de ma lettre (heureusement que je l'avais gardée, sinon, tu te rends compte un peu de la catastrophe) à Claude qui m'a promis de te la remettre en mains propres. Comme ça, je suis bien certaine que tu l'auras et que personne n'aura eu le culot d'avoir ouvert ton courrier Intime. Dorénavant, il faudra donc trouver un nouveau système. José m'a dit qu'il existait une valise diplomatique ou quelque chose comme ça. Je n'ai pas la mémoire exacte des mots compliqués. Simplement, Il faudra que tu m'indiques le nom d'une excellence (c'est comme ça paraît-il qu'on appelle les ambassadeurs dans « Point de vue-Images du monde ») qui sera chargée de transporter mon courrier.

 

Mon grand Jacques, je t'en prie, ne les laisse pas t'isoler. Sinon, tu finiras comme Giscard ou, pire, comme Balladur ! Tu te rends compte, terminer comme Balladur ! Je ne peux pas l'imaginer. S'ils faisaient ça, ils auraient affaire à moi. Tu peux le croire. D'ailleurs, si tu ne me répondais pas, je n'hésiterais pas une seconde, je viendrais moi, oui, je débarquerais à l'Elysée ! Et ils verraient de quel bois je me chauffe. Ils ne te garderont pas tout seul pour eux. Tu appartiens à la France, au peuple français. Et le peuple, c'est moi. J'attends quarante-huit heures, mon grand Jacques, et j'interviendrai. Et, crois-moi, je ferai mieux que les soldats de l'ONU en Herzégomachin. Tu sais pouvoir compter sur moi. Je sais que ça te fera du bien de le savoir. Ton amie fidèle et sensible,

Line Renaud
 

Réponse de Jacques Chirac à Line Renaud

Ma chère petite Line,

J'ai bien reçu tes deux courriers. Si tu savais comme ils m'ont fait plaisir. Tu t'imagines aisément ce qu'a été mon emploi du temps ces derniers temps, c'est ce qui explique que je n’ai pu te répondre aussi rapidement que je l’aurais souhaité. Surtout, je ne veux pas que tu marques la moindre rancune â l'endroit de mes collaborateurs. Ils t'admirent tant ! Je suis fasciné de voir à quel point tous, je dis bien tous, connaissent l'intégralité de ton œuvre. J'ai même surpris l'autre jour Maurice Ulrich écoutant « La Demoiselle d'Armentlères ». Tu me diras que c'est normal à son âge. Mais il y a mieux puisque, depuis qu'il connaît nos liens d'amitié, le secrétaire général adjoint, Jean-Pierre Denis - un jeune -, ne quitte plus son Walkman et tes cassettes. Je suis certain qu'il est sincère dans son admiration pour toi. Quant à Jacques Toubon, il ne faut pas que tu lui en veuilles. Il n'a jamais rien compris à la grande musique ; il fallait vraiment que ça soit ce pauvre Balladur pour penser en faire un ministre de la Culture ! La meilleure preuve que je me méfie de ses goûts artistiques est que je n'ai pas voulu qu'il devienne maire de Paris. Jean Tiberi, c'est quand même autre chose. Et pour les arts et lettres, auxquels, comme toi, je suis très profondément attaché, c'est une vraie garantie. J'ai été profondément touché par ta si chaleureuse idée qui consiste à venir me voir à l’Elysée. Comme je serais heureux que tu le fasses ! Si cela ne tenait qu’à moi, je t’inviterais dès aujourd’hui.

 

Mais hélas, mille fois hélas, je ne suis pas maître de mon emploi du temps. Durant les six prochains mois, je serai conduit à aller de conférences internationales en colloques onusiens. J'ai bien sûr la possibilité d'emmener avec moi quelques invités prestigieux ; je pourrais t'inviter au prochain G7 sur la réforme du système monétaire. Tu y ferais merveille. Je vois d'ici Helmut Kohl, ravi de découvrir une Française, aussi spontanée que lui. Je ne me fais aucun souci, tu t'entendrais avec Felipe Gonzalez. Fais attention avec celui-là, c'est un coureur invétéré ! Avec John Major, ce sera plus dur. Il ne faudra pas que tu t'attardes. Il est si snob. François Mitterrand m'a mis en garde: un véritable Anglais. Ignore-le, il risquerait de te faire une réflexion désagréable sur ta tenue. Penses-tu, il n'aime pas les couleurs. Mais je vois bien que je suis en train de rêver. Je serais tellement heureux que tu sois à mes côtés! Je  crains hélas que tu ne t'ennuies trop, ces réunions internationales sont assommantes à un point que tu n’imagines pas. J’ai une meilleure idée : dans quelques mois, quand je pourrai bénéficier d'un peu plus de temps, tu viendras dîner à l'Hôtel de Ville de Paris. J'ai gardé l’appartement, et je n'ai pas l’intention de le rendre. Nous ferons un dîner en famille, juste toi, Claude, José et moi. Ainsi, nous ne serons pas dérangés. Ce sera aussi familial et discret que tu l’as toujours souhaité. Nous parlerions du bon temps. Et même, si tu le veux, de ce superbe maillot de bain bleu marine dont j’ai gardé un souvenir aussi précis que celui d'un égyptologue découvrant pour la première fois la Grande Pyramide. Mais non ! je t'entends d'ici protester. Ce n'est pas la Pyramide qui me fait penser à toi. Tu es très bien comme ça ! Je voulais simplement te dire que j'avais gardé en mémoire chaque instant de notre premier voyage à Los Angeles chez Gregory.

Ton idée de Marianne est formidable. Elle tombe pile-poil. Tu te rends compte ! Enfin, avec toi, nous aurions une véritable Marianne. Depuis Brigitte Bardot, il n'y a pas eu mieux. Le pays saura se reconnaître dans ta personne, dans ton physique, dans ton langage, dans ton œuvre. Oui, vraiment, ma petite Line, si cela ne tenait qu'à moi, tu serais déjà notre Marianne depuis longtemps, et pour toujours. Mais hélas, mille fois hélas, la procédure pour désigner la future Marianne est extrêmement longue et compliquée. Il faut d'abord être retenue sur une liste d'aptitude dressée par l'Association des maires. Je suis certain qu'ils seraient aussi enthousiastes que moi. Mais le problème est qu'ils te feraient passer un examen sur les finances locales et le droit administratif. C'est bien normal de vérifier les compétences de notre future Ma­rianne ! Dis-moi où en sont tes connaissances sur l’ensemble de ces sujets et si tu peux consacrer une semaine aux divers examens nécessaires Une fois que tu auras franchi cette première étape, il en restera une autre, ô combien plus difficile, celle-là ! du Conseil constitutionnel. Comme tu le sais, il est présidé par Roland Dumas, qui n'aime que les jeunes. Oh oui ! tu es jeune encore, c'est certain, mais il y a des candidats qui auraient l'outrecuidance d'être encore plus jeunes que toi. Ne dis pas que c'est insurmontable, je dis seulement que ce sera difficile. Enfin, je vais essayer et je te tiendrai au courant. Je dois à la vérité te dire que j’y avais déjà pensé et que souvent, j'en avais parlé avec Bernadette et Claude. Si je ne te l’avais pas demandé, c'est uniquement parce que Claude m'avait dit que cela allait te gêner. Connaissant ta modestie, je me suis donc abstenu de t'en toucher le moindre mot. Tu vois, j'ai sans doute eu tort mais c'était une question de pudeur.

Ma petite Line, tu sais comme je suis sincèrement touché par les sentiments que tu me portes. Ils sont tout à ton honneur. Mais tu devrais faire un peu plus attention lorsque tu m écris pour me parler de tes souvenirs avec moi. Je ne suis plus seul. Je suis président de la République et je n'ai confiance en personne. Je suis obligé d'être sur mes gardes. Je n'ai notamment pas le moindre ambassadeur en qui je puisse avoir suffisamment confiance pour lui confier ton courrier personnel. Je sais, c'est dur, c'est affreusement triste, mais c'est ainsi. Le devoir d'Etat implique aussi de savoir endurer ses souffrances personnelles. Alors j'ai une idée. Durant mon septennat, je me demande s'il ne serait pas plus commode pour toi d'entretenir une correspondance avec Alain Juppé. Je sais qu'il nourrit une véritable passion pour toi. Tu es tout à tait son style d'intelligence et de caractère. D'ailleurs moi-même, quand je le vois, je ne peux m'empêcher de penser à toi. On dirait un frère et une sœur ; vous auriez même pu être jumeaux. Si, si, je te l'assure, je n'exagère pas. D'ailleurs, tu me connais, je n'exagère jamais. Je suis plutôt du style modéré. Je vais donc lui en parler, si tu me le permets. Vous pourriez correspondre utilement ; tu lui donnerais tes idées sur la France et sur le monde, il te recevrait aussi souvent que tu le voudrais. Vous dîneriez et déjeuneriez ensemble aussi souvent que vous le souhaitez. Rassure-toi, je le connais... La transparence faite homme. Il me rendra compte de tout. Me répétera l'intégralité de vos conversations. Ainsi je pourrai, à distance, rester en contact avec toi. Notre amitié restera la même. Et puis, si tu le souhaites, tous les deux ou trois ans, nous pourrions nous voir. Je pense même pouvoir venir à Rueil pour prendre l'apéritif. Que penses-tu de cette idée ? Je suis certain que tu la trouves absolument formidable. Vois-tu, ma petite Line, nous deux, qui avons vécu, qui connaissons la vie, nous savons mieux que d'autres que l'amitié est un bien précieux qu'il convient de savoir protéger et entretenir. Tu es mon amie, Je suis ton ami. Nous sommes amis. C'est cela qui compte et qui permettra que dans sept ans, à la fin de mon septennat, Je serai si heureux de te revoir et de profiter enfin de toi,

Ton grand Jacques

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26 décembre 2005

Lettres de mon chateau : 3 - signé Line Renaud

Pour en savoir plus sur les lettres de mon chateau de Sarkozy (alias Mazarin)

Monsieur le Président de la République, Mon grand Jacques,

Je t'écris de la maison de Rueil, que tu connais si bien. Je suis seule sur ma pelouse, cuisant à petit feu sous ce soleil torride. J'ai ce maillot une pièce bleu pour lequel tu m'as si souvent complimentée. Tu me disais toujours que cela te faisait venir des pensées païennes. Je sais que tu me flattais, mais encore aujourd'hui j'en rougis de plaisir. Loulou et toi avez les mêmes goûts. Pauvre Loulou ! Lui aussi l'aimait mon maillot une pièce bleu. Rien que de penser à lui, je pleure. Quand je pense que le bon Dieu ne lui a pas permis de voir où tu es maintenant que tu y es, je pleure à nouveau. Ah ! zut ! Voilà que mes larmes tombent sur mon beau papier à lettre senteur vanille. J'ai choisi la vanille, car je sais que tu aimes par-dessus tout ton département d'outre mer. Cela te rappellera le bon temps. Ne montre pas cette lettre à Bernadette, elle m'arracherait les yeux. Donc le papier gondole, ce sont mes larmes, ce sont mes larmes, mon cher Jacques. J'espère qu'ainsi tu garderas ma lettre plus proche de ton cœur. Et puis, tu sais, te savoir là où tu es, j'en suis encore tout émotionnée. Tiens, l'autre jour, je présidais un grand gala contre le sida. Tu sais bien que je m'occupe de la lutte contre le sida. J'ai été la première à le faire ! Personne n'y avait pensé ayant moi, pas même ces prétendus chercheurs. Heureusement, je te le dis, que j'étais là pour les pousser tous ces fainéants. Je te le disais... Ah ! où en étais-je ? Ah ! oui ! je présidais un grand dîner de gala quand tout d'un coup, je ne sais ce qui m’a pris, j'ai pensé à toi, où tu es maintenant. J’en ai hoqueté d’émotion. C'est la première fois que je suis si émotionnée Je ne pouvais plus  sortir un mot. Pas un souffle. Rien ! Tu te rends compte ? Moi, muette, un comble ! Les gens n'ont sont pas revenus. Il y a même ce grossier de Guy Bedos qui a hurlé de la salle que cela faisait du bien. Tiens, qu'a-t-il voulu dire à ton avis ? Trouves-tu que je parle trop ? Si vraiment c'était le cas, tu me le dirais, toi qui a toujours été si franc avec moi. Je pense sincèrement que, quand je serai vieille, il faudra que je me surveille. Tu me diras que j'ai encore le temps, mais tu sais, vingt ou vingt-cinq ans, cela passe vite. La retraite, on doit la préparer psychologiquement sinon on est bien vite pris au dépourvu.

Si tu savais comme je me sens encore jeune ! Et d'ailleurs, le soir de ton élection, mon cœur battait au diapason de tous ces jeunes qui faisaient la fête à leur Concorde. Ils étaient comme mes enfants, ou plutôt j'étais comme leur sœur aînée. Tiens ! J'ai fait une folie, j'ai voulu leur faire plaisir. Je me suis rendue place de la Concorde et j'ai été danser avec eux toute la nuit. Je ne sais pourquoi, quand je leur ai proposé de chanter «Ma cabane au Canada », ils ont préféré que l'on se baigne dans le bassin. Heureusement que je suis prévoyante. Devine quoi ? J'avais sous ma robe, tu sais celle que tu adores, rose, moulante, avec un liseré jaune autour des bretelles et un adorable frou-frou dans le bas, j'avais donc ce maillot de bain une pièce dont je t'ai entretenu plus haut. Les jeunes aussi ont aimé. J espère que je n’ai pas fait de gaffe, j'ai dit que c’était toi qui me l'avais offert lors du voyage que nous avions fait à Los Angeles chez Gregory Peck.

Maintenant que tu es président, je veux te faire un honneur. Je veux tout connaître des usages et des manières. Tu côtoies le grand monde, je le côtoierai aussi. Il faut bien que je m’y fasse ! J’ai donc décidé de m’abonner à « Point de vue Images du monde ». Il n’y a aucune raison, moi qui suis du métier, que je n’arrive pas à faire comme elles, toutes ces princesses. Bien sûr, pour la révérence, il ne faut pas que j’abuse. Je te vois venir, insolent, je n’ai pas l’âge du tout ! Ce sont les rhumatismes. Oui, parfaitement. Ca remonte bien plus loin que tu ne le crois, mes rhumatismes. Déjà, lorsque j’habitais Armentières et que j’étais petite, j’avais du mal à plier les genoux. Eh bien, voilà, c’est rare que la mécanique, ça s’arrange avec le temps. Lever la jambe a toujours été plus facile pour moi que de la plier. Ce pauvre Loulou me disait toujours que c’était une question de caractère et qu’il ne fallait pas que je m’en fasse.

Mon grand Jacques, je suis mortifiée, ce goujat de Frédéric Mitterrand m’a dit que tu ne voudrais plus me voir, que même tu avais honte. L’imbécile, on se demande de quoi ! Depuis qu’il te soutient, c’est à dire depuis si peu de temps, il se trimballe toujours avec une casquette ridicule et pense que ça fait peuple. Je n’ai jamais vu quelqu’un à qui la galure va si mal. Ah ! ma foi, si tu l’avais vu, Loulou, il y a quarante ans avec son chapeau Borsalino au volant de notre traction 11, tu aurais vu ce que s’était un homme, un vrai. Où en étais-je ? Je ne sais pourquoi, mais j’ai du mal à ordonner mes idées. Remarque, moi, j’en ai des idées. Tout le monde ne peut en dire autant. J’ai bien envie de te parler de l’abominable Toubon, qui n’aime rien de ce que je fais. D’ailleurs, il n’aime pas Philippe Clay non plus. Mais tu te rends comptes : ne pas aimer Philippe., comment est-ce possible ? Je t’ai dit que j’étais mortifiée, oui, mais de quoi ? Ah ! ça y est, j’ai retrouvé ! Non seulement tu ne m’as pas invitée à la passation de pouvoirs avec François Mitterrand. C’était une occasion manquée, car au travers de ma personne, c’est tout l’art et la culture qui auraient été représentés et honorés ; mais en plus, pas une fois tu ne m’as invitée à souper à l’Elysée. Si tu savais ce que ça me manque ! Quand tu le feras, je te demande de le faire grand jeu. Je veux qu’un motard de la garde républicaine vienne jusqu’à Rueil. Tu me préviendras pour que je puisse alerter mes voisins. Ce sont des jaloux et des prétentieux avec des noms à rallonge. Eux non plus ne m’ont jamais invitée. Mais, fais-moi plaisir, sur le carton d’invitation, j’aimerais que tu fasses écrire « Line Renaud de Rueil-Malmaison ». J’ai vu que ça se fait en Angleterre et même en Belgique. Tu te rends compte de ce que les Belges peuvent faire ! Tu peux bien te le permettre, Loulou aurait été si fier, « Line Renaud de Rueil-Malmaison ». On dirait sur sur-mesure. Ce n’est pas Régine à qui une nouvelle comme celle-là pourrait arriver. D’ailleurs, une rousse avec du sang bleu, cela n’irait pas du tout. Tandis qu’une blonde platine comme moi, du sur-mesure, Je te l’affirme !

 

Ah ! que je n’oublie pas ! Claude m’a téléphoné. Elle me raconte tout. Elle m’a mis en alerte. Cela recommence, ton cœur d’artichaut est de nouveau prêt à pardonner. Tu as grand tort. Ils t’ont fait trop de mal. Il y en a quatre que je ne peux souffrir. Le pompon, c’est Balladur ! Je suis certaine qu’il n’a jamais mis les pieds dans un cabaret. Tu te rends compte ! Dans ces conditions, qu’est-ce qu’ils peuvent bien comprendre à la vie ? Quant à l’ignoble Sarkozy, laisse-le croupir là où il se trouve. Tu devrais même augmenter une deuxième fois l’ISF, rien que pour punir ces crétins de Neuilly d’avoir voté pour lui. Je t’en prie, reste entouré de tes fidèles de ta première heure, ta famille et moi-même. Méfie–toi de Goudard et de Pilhan. Ce sont des hommes de la publicité. Ils n’aiment que les choses à la mode. Ils ne comprennent absolument rien au reste. Ils ne respectent rien. Aucune des vraies valeurs. Quand tu penses que pas un de ces deux-là n’a trouvé le temps de venir voir mon dernier spectacle au Casino de Paris… Des goujats, que je te dis. Il n’y a rien à en tirer. Je m’inquiète car je sais qu’il t’arrive d’être sensible à ce genre de tralala. Déjà en 87, tu as voulu me trahir avec Madonna. Je me demande encore ce que tu pouvais bien lui trouver à celle-ci. Je ne peux me faire à l’idée que c’est une histoire de petite culotte.

Ah ! si j’osais ! je te dirais bien une dernière chose, mais j‘ai tellement peur que tu te moques de moi, ou pire que tu trouves que je suis devenue aussi prétentieuse que Pascal Sevran. J’aime mieux te prévenir que je ne le supporterai pas. Il faut voir comment il minaudait, celui-là, quand il côtoyait son président. Moi, moi, je ne serai jamais ainsi avec le mien de président. Moi, je ne suis pas le genre courtisane qui demande toujours quelque chose. En revanche, c’est vrai, j’ais des idées et si elles sont bonnes je ne vois par pourquoi tu ne les prendrais pas. Allez, je me jette à l’eau , la voilà, mon idée, je préfère te prévenir qu’elle fera du bruit, mais elle peut te rapporter gros, comme me dit mon boucher à Rueil. Ce sont les jeunes qui seront contents et les artistes encore plus, mais pas simplement les artistes français, ceux du monde entier. Je pense que même les militants socialistes et communistes, oui, Monsieur, communistes, s’il vous plait, seront heureux. Quant à ceux du RPR, tu n’imagines pas ce qu’ils seront fiers. Bien sûr ces snobs d’UDF, je n’en suis pas certaine. Encore qu’on peut être snob et avoir du goût. Bon, je ne vais pas te faire languir davantage. Je sens bien que tu brûles de la connaître ; mon idée. Eh bien, voilà : la prochaine Marianne, ça devrait être moi ! Oui, moi, Line Renaud de Rueil-Malmaison ! J’ai le port altier, la poitrine avantageuse, la courbure des reins assez marquée, et surtout la classe ! Oui, la classe ! Je n’en ai d’ailleurs absolument aucun mérite. Nous sommes d’ailleurs quelques-unes comme cela. C’est de naissance : Marlène, Lova Moor et moi. ! Mais, moi, c’est mieux, forcément, je suis plus connue. Oh ! mon dieu ! j’ai hâte de savoir ce que tu en penses. Je suis certaine que cela va te plaire. Tu n’y avais pas pensé, hein ? Eh bien, les véritables amis, comme moi, ça sert à ça : trouver l’introuvable. Et puis, mon grand Jacques, si tu savais combien j’en ai encore des idées pour toi. J’ai hâte de te lire. J’étouffe de ne plus t’entendre,

Ta Line.  
 

Réponse de Christine Albanel, conseiller technique, à Line Renaud

Chère Madame.

Le président de la République a bien reçu votre courrier. Il m'a chargée de vous en remercier: Vos différentes propositions sont intéressantes et méritent un examen particulièrement attentif. Je ne vous cache pas cependant que s'agissant de la Marianne à votre effigie, cette initiative, pour sympathique qu'elle soit risque de se heurter à de très nombreuses difficultés juridiques. Le prési­dent de la République envisage de consulter le conseil constitutionnel afin de voir précisément la suite qu'il conviendra de réserver a votre demande Je suis certaine que dans les mois et les années qui viennent, le président de la République ne manquera pas de vous convier à l'une des réceptions habituelles de l’Elysée. Je vous prie de croire, chère Madame, en l’assurance de mes sentiments respectueux et distingués.

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23 décembre 2005

Lettres de mon chateau : 1 - Signé François Mitterrand

Pour en savoir plus sur les lettres de mon chateau de Sarkozy (alias Mazarin)

Monsieur le Président de la République, 

Vous avouerai-je que cela me fait drôle de vous appeler ainsi. Non que vous ne le méritiez pas. Grand Dieu, vous vous êtes donné assez de mal pour y arriver. C’est un connaisseur qui vous le dit. Moi qui suis resté vingt quatre ans dans l’opposition. De surcroît vous avez eu le bon goût de ne réussir qu’à la troisième tentative, justement comme je l’avais fait. Je sais bien ce que, tout comme moi, vous pensez de ces quinquagénaires qui se croient encore jeunes et qui voudraient tout réussir à la première tentative. Je sais que vous en viendrez vous aussi à les haïr ou à les mépriser, ceux qui finalement participent du même clan, si ce n’est déjà fait.

Malgré tout, j’ai du mal à me défaire de ce titre. Ce n’est pas que je regrette les pompes et les ors des palais nationaux, pas plus que je n’ai la nostalgie des courtisans qui vont avec. J’en ai soupé et bien souvent le dégoût m’est monté au bord des lèvres devant ce spectacle de la comédie humaine, mais c’est plutôt une question de standing. J’avais fini par m’identifier à la fonction. Elle et moi ne faisions plus qu’un. J’ai été durant quatorze ans François Mitterrand, le Président de la République. Je ne suis plus que François Mitterrand. Je regarde cette nouvelle réalité comme une incongruité, une sorte d’anomalie. Comme une erreur qu’il conviendrait de réparer. Le plus grave, c’est que je me demande si cela finira par me passer. Admettre qu’on est plus que le passé est si difficile, surtout que pour moi qui n’ai, ma vie durant, pensé qu’au lendemain !

Mais cessons de parler de moi, c’est de vous et de la France que je voulais vous entretenir. D’abord bravo, je vois que vous connaissez bien nos compatriotes : ils n’ont absolument aucune mémoire : je l’ai vérifié si souvent. L’essentiel n’est pas de leur dire des choses importantes, ou vraies ou justes, ils s’en moquent. L’essentiel est bien de leur dire ce qu’ils pensent au moment où ils le pensent. L’exercice est plus difficile qu’on ne le croit tant ils changent rapidement. Je croyais être un maître en la matière vous êtes en train de m’en remontrer. Continuez ainsi. C’est le bon chemin. Parlez comme un président et surtout oubliez le candidat que vous avez été. Vous n’êtes tenu, Monsieur le Président, à honorer aucune promesse. Ce n’étaient pas les vôtres mais celles du candidat. Ne vous embarrassez pas davantage de cohérence ou de rationalité dans vos choix. Laissez cela à tous ces technocrates obtus que vous avez eu raison de désigner à la vindicte. Il fallait des coupables. Ils font parfaitement l’affaire. Ne vous préoccupez que d’une seule chose : durer. Et pour cela il convient de savoir mieux flotter que résister.

J’ai bien vu lors de la passation de pouvoirs entre nous que vous n’aviez pas encore pris vos marques. Je ne sais si votre timidité (ou votre réserve) respectueuse à mon endroit était feinte ou réelle. Je l’ai appréciée ! Vous avez ainsi su démontrer à la France entière que vous aviez délaissé les méthodes de soudard que l’on vous a si souvent prêtées. Tout de même, la première journée fût bien morose pour moi : vous savoir dînant dans mes couverts et dormant dans mon lit. C’est une drôle d’expérience. Cela a dû l’être pour vous. Je vous imaginais respirant mon odeur encore présente dans ce bureau présidentiel qui fût le mien durant quatorze ans.

Ne brusquez pas le chef. Mes goûts culinaires sont si différents. Lui aussi va devoir s’adapter. Je les orientais vers la cuisine moderne. J’imagine que vous le ferez revenir à des goûts plus passéistes et conservateurs. Remarquez, c’est pleinement votre droit, et contrairement aux apparences je ne veux pas m’en mêler. D’ailleurs, il faut bien que je me mette dans la tête que, désormais, je n’ai plus à m’occuper de tout, l’autre jour j’ai téléphoné à Helmut. Il a été très gentil et chaleureux comme il sait l’être. Il est toujours chaleureux. Mais j’ai bien senti qu’il avait moins de choses à me dire. Le maladroit a même trouvé moyen de me parler de vous à deux reprises. Faites attention : à Halifax, vous en avez trop fait. Vous commencez à les agacer. Ils ont le sentiment que vous les traitez comme les éleveurs corréziens : beaucoup de considération et peu d’écoute. Et puis, surtout j’ai l’impression que vous les avez fatigués en vous agitant dans tous les sens. Je sais que vous parlez quelques mots de russes, mais votre démonstration d’affections pour Boris Eltsine n’était pas forcément des plus opportunes dans le contexte tchétchène ! Prenez mon conseil comme je vous le donne : n’en faites pas trop, sept ans c’est long. Vous avez le temps. Il faut durer, c’est si difficile de durer. Cela l’est chaque jour davantage pour moi.

Méfiez-vous de John Major. Un fameux hypocrite celui-là. Il n’est que de voir comment il a traité Mme Thatcher. Ce n’est pas que je l’aimais mais tout de même. Il est toujours d’accord avec vous, puis il fait tout le contraire. Un véritable Anglais. D’ailleurs, il est fini. Je ne vous cacherai pas que son flegme avait fini par m’agacer. En fait, il est d’un ennui mortel. D’ailleurs je me demande bien pourquoi nous autres les présidents, faisons un tel abcès de fixation sur les questions internationales. Ces réunions diplomatiques sont formelles à plaisir. On ne s’y dit jamais rien. Les diplomates n’ont qu’une seule obsession : ne rien décider et servir tous et tout le monde. La forme est leur unique préoccupation. Pour le fond, on s’adapte. Ils se croient d’une race supérieure, confondant en permanence la qualité du col de chemise avec la pertinence d’une analyse. Quand je pense que vous avez choisi un diplomate comme premier collaborateur à l’Elysée. Je crois bien que c’est votre première erreur. Vous voulez changer le monde et vous prenez pour le faire un professionnel. Je dis professionnel, car on les a formés pour cela. Faites attention cependant car l’on me dit qu’il est de par nature agité, ce Villepin. Cela m’étonne qu’à moitié puisqu’il a été le collaborateur de Juppé. Il est intelligent celui-là, mais sa rigidité dogmatique m’a souvent frappé. Il se cabre pour le principe. « Je me cabre donc j’existe », semble-t-il penser à longueur de journée. Vous aurez rapidement des problèmes avec lui. Je m’y connais. Je m’en souviens avec Fabius. Encore celui-ci s’anime-t-il avec moins de contentement ostentatoire qu’Alain Juppé. Ce dernier, c’est le palais des glaces et des miroirs du Jardin d’acclimatation à lui tout seul. Remarquez que, là encore, je vous vois faire et vous vous débrouillez bien. Laissez-le monter sur tous les créneaux à la fois. C’est ainsi qu’il sera le meilleur fusible quand les ennuis arriveront. Pour l’instant il est ivre de pouvoir et de puissance, il pense (le naïf) que tout est possible et que rien ne lui résistera : Premier ministre, Bordeaux, demain le RPR…Je vous le dis, c’est Fabius en pire. Ce dernier avait un soupçon de sensibilité, l’autre je ne le pense pas.

Je m’en voudrais d’abuser de votre temps en allongeant ma prose. Mais je me dois de terminer en vous donnant quelques trucs qui peuvent être liés à la vie de tous les jours et n’en sont pas moins utiles. Au premier étage, dans l’aile gauche du Palais, il existe un appartement parfaitement équipé. Il compte une chambre à coucher, une salle à manger, une salle de bains et même une cuisine. Choisissez avec soin celui que vous allez y installer. Il sera comme un coq en pâte. De surcroît, s’il a une vie privée compliquée, vous lui rendrez un immense service. Pensez, j’y avais installé Michel Charasse. Il a dû s’y trouver bien puisqu’il y est resté treize ans. Et en matière de qualité de vie, il s’y connaît, croyez moi ! Je l’avais ainsi sous la main vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Cela m’a bien servi pour les grandes comme pour les petites tâches. Il faudrait que vous trouviez un Michel Roussin qui n’aurait pas été mis en examen. Maurice Ulrich ne fera pas l’affaire, à la fois trop prudent et trop âgé. Jean-Pierre Denis, trop jeune. Christine Albanel peut-être, mais c’est une femme. Saura-t-elle garder le moindre de vos secrets ? J’en doute. Elle se ferait tuer pour un bon mot…

Très bien aussi, vos consignes d’économie. Soyez draconien avec les autres, surtout le Premier ministre, et contentez vous d’être discret pour vous-même. Vous le verrez, je n’ai pas fait donner un seul coup de peinture dans la salle du Conseil. Elle est de toute façon bien assez agréable pour ce que l’on y fait. Pensez que j’y ai subi plus de mille Conseils des ministres. Plus ça allait et plus ils devenaient bavards. Une véritable diarrhée verbale, surtout Rocard qui avait des idées obscures sur tous les sujets simples. Si la salle est trop confortable, ils s’y éternisent. Cela deviendra un enfer. Déjà que ce n’est pas gai et encore moins passionnant. C’est fou ce que les hommes ont tendance à devenir intarissables dès qu’on leur confie la moindre responsabilité.

J’ai deux derniers conseils à vous donner mais ils sont importants. S’agissant de la réduction du train de vie de l’Etat. Je vous l’ai déjà dit, continuez à la réclamer, la proclamer et surtout la promettre. Faites-le sur tous les tons. Ça impressionne toujours. J’ai approuvé la suppression du GLAM. Ça doit bien être la cinquième ou sixième. Ça n’a aucune importance. Ça marche toujours aussi bien. Très bien également, l’interdiction des deux-tons et des girophares (Note du Transcripteur : sic). Il était temps de les supprimer car on n’en a jamais vus autant dans les rues de la capitale ce printemps. Ce doit être les adjoints au maire de Paris qui ne se décident pas à obéir à Jean Tiberi. Vous devriez lui en parler puisque la rumeur affirme que vous séjournez toujours dans ce qui fut votre grand bureau de l’Hôtel de Ville. Je me demande le plaisir que vous trouvez à vous incruster ainsi. Peu importe, mais au moins que cela serve pour parler à Tiberi ou à défaut à Romani. L’un est le fidèle décalque de l’autre. C’est dire s’il reste peu de choses pour Romani.

Mon deuxième conseil est le suivant : continuez à rester discret sur les fonds secrets. Pour les ministres ce sont des broutilles, quelques dizaines de milliers de francs par mois. Pour le président de la République, ce sont des millions et pour l’Elysée, je ne compte pas (croyez-bien qu’en quatorze ans, je ne l’ai jamais fait ; je ne suis pas un comptable et c’est fichtrement agréable !). Donc silence, ne gâchons pas le métier, nous ne sommes plus que trois dans la confidence et encore, pour ce pauvre VGE, c’était il y a trop longtemps. Il a dû tout oublier, inutile de lui rafraîchir la mémoire. Il est tellement pingre qu’il serait capable d’en demander sa part. D’ailleurs, et à ce propos, si vous étiez élégant et généreux, ce dont je ne doute pas vous penseriez que ce n’est pas toujours drôle et facile d’emmener tous les jours au restaurant Roger Hanin, Jack Lang ou Michel Charasse… Je dois les inviter. Mes amis ont dû réduire beaucoup de leurs ambitions. Ils vivent si chichement désormais.

Je vois beaucoup votre épouse Bernadette. Elle semble prendre très à cœur sa fonction de Première Dame de France. Attention, car ça va aller en empirant. J’en sais quelque chose. J’ai eu grand peine à contenir l’énergie débordante de Danielle. Ça n’a pas arrêté une minute. Elle m’aurait pas fâché avec l’humanité entière si je n’y avais pris garde. Car le problème avec les femmes, c’est qu’elles sont sincères. Alors que nous, nous savons prendre de la hauteur ou du recul. Je suis inquiet pour vous. On dit même qu’elle a déjà dans le nez certains de vos collaborateurs dont ce grand agité de Villepin. Elle va finir par vous donner des conseils. Ce ne sera pas trop grave car vous vous garderez de les suivre. Les problèmes viendront quand elle s’en rendra compte !

Vous le voyez, je me fais du souci pour vous. C’est que, finalement, avec les ans, j’ai appris à vous apprécier. Je penserai bien à vous à la rentrée. On dit qu’elle sera chaude. Il faudra veiller. Je le ferai. N’hésitez pas à solliciter mon conseil, il pourra vous servir car, après tout, je suis bien le seul à avoir été élu deux fois et surtout à si bien avoir su durer. Je vous l’ai dit, c’est la seule chose qui compte.

Vôtre,

François Mitterrand 

Post-scriptum : Méfiez-vous des huissiers, ils sont si bavards.

Posté par acidtest à 20:45 - Quand Sarko était marrant... - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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