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blog bd sur la présidentielle 2007 et regard humoristique sur la campagne

20 décembre 2005

Lettres de mon chateau : 10 - Signé Jacques Chirac

Pour en savoir plus sur les lettres de mon chateau de Sarkozy (alias Mazarin)

Note à Jacques Pilhan et Claude Chirac

J'ai parfaitement conscience que la rentrée sera particulièrement difficile. Après s'être acharnée sur mon Premier ministre, l'avoir déstabilisé, et être en voie de l'achever, la presse va bien finir par s'intéresser à moi. L'état de grâce présidentiel ne survivra pas à l'été. J'en suis absolument convaincu. Croyez-en mon expérience, les cataclysmes arriveront de tous les côtés. Il est même possible que les balladuriens retrouvent quelques couleurs. C'est dire que tout est possible. Il nous faut donc nous préparer à cette période de gros temps et prendre les mesures d'organisation indispensables afin d'être le moins possible pris au dépourvu. Je vous demande donc de veiller avec attention à ce que mes consignes soient appliquées à la lettre. Si vous rencontrez des difficultés, n'hésitez pas à m'en informer. Dans la seconde, je saurai être impitoyable, si nécessaire.

Premier point : les affaires de la mairie de Paris produisent un effet absolument déplorable dans l'opinion. Il convient qu'en aucun cas mon nom ne s'y trouve mêlé. Ce n'est d'ailleurs que justice, puisque voilà des années que je ne m'en occupe absolument plus. J'ai eu le tort à l'époque de laisser Tiberi, Romani et Dominati, les trois Corses, régenter le tout. Beau résultat ! Je suis en droit d'attendre qu'ils s'assurent que l'on ne m'ennuie pas avec toutes ces affaires médiocres. J'ai cependant les plus grandes craintes, quant à leur capacité à gérer leur communication. Il n'y a d'ailleurs qu'à voir comment les dossiers sensibles se retrouvent dans la presse. Il se peut qu'ils vous demandent de l'aide et des conseils. Je vous interdis de le faire ; cela ne servirait à rien, si ce n'est à nous y embarquer. Il conviendra de faire comme Villepin a commencé à le dire : encourager la presse à faire son travail d'investigation. Oui, parfaitement, les encourager. Tant qu'ils s'occuperont de la mairie de Paris, ils ne s'occuperont pas de moi. Veillez dans le même temps à gommer de ma notice biographique dans le « Who's Who » la mention qui a été faite de ma présence à la tête de la municipalité parisienne. Après tout, cela n'a duré que quelques années et c'était déjà il y a trois mois. Il y a de bonnes chances pour que tout le monde ait déjà oublié. N'oubliez jamais qu'en matière de communication politique, plus c'est gros, mieux ça passe. Inutile de se compliquer la vie avec des règles trop élaborées. Mieux vaut s'en tenir à de bonnes vieilles habitudes qui ont déjà fait leurs preuves. Je vous signale, Jacques, que c'est ainsi que j'ai été constamment réélu, dans ma circonscription du plateau des Millevaches depuis 1967. Ce n'est pas rien, tout de même ! Et puis, mettez-vous dans la tête que ce n'est plus François Mitterrand le président de la République. Il était vieux, je suis encore jeune ; il était pervers, je suis simple ; il était torturé, je suis zen !

Deuxième point : dans vos contacts avec les journalistes, vous devez systématiquement privilégier les plus jeunes, les moins expérimentés, et les moins titrés. Ils seront flattés que vous les traitiez ainsi ; vous les formerez à votre main et vous bénéficierez d'un réseau qui nous sera acquis, et dont l'utilité sera grande lorsque les ennuis arriveront. Ne perdez surtout pas votre temps avec les éditorialistes. Il n'y a rien à en tirer, si ce n'est des ennuis. Ce sont des prétentieux qui croient tout savoir, qui sont coupés de notre peuple et qui, de ce fait, ne m'ont jamais aimé. Serge July, Alain Duhamel, Catherine Nay, ou pire encore Jérôme Jaffré se sont toujours trompés sur tout. Ce sont des nuisibles. Ne leur donnez aucune information. Au besoin, n'hésitez pas à les humilier. Tout le monde s'en réjouira, surtout leurs confrères. Faites deux exceptions à ce salutaire principe avec, au « Figaro », Paul Guilbert et Franz-Olivier Giesbert. Eux au moins connaissent le peuple et me connaissent. Il convient donc de leur faire confiance. Ils ne trahiront pas. Je m'en porte garant.

Troisième point : je vous demande de voir tous les jours mon brave huissier José. Il faut l'écouter ; il vaut beaucoup mieux que tous les panels de BVA. A ma demande, il va chaque jour dans un bistrot différent ; le temps qu'il ait cuvé sa boisson du jour, croyez-moi, c'est sa pêche qui est la bonne. Grâce à lui, j'en sais davantage sur les réactions du pays profond que tous les rapports que m'adresse ce benêt de Jean-Louis Debré. Vous veillerez à ce que José soit rémunéré de ses bons et loyaux services sur l'enveloppe des fonds secrets que je vous ai attribués.

Quatrièmement : vous couperez définitivement - je dis bien définitivement- toute relation et tout rapport avec le journal «Le Monde», qui est totalement inféodé à Alain Minc, lequel est complètement sous l'emprise de la pensée unique. Je fais par ailleurs mon affaire de casser leur tour de table. Jean-Marie Colombani est bien plus malfaisant qu'un socialiste, il était balladurien. Il faut donc s'en méfier comme de la peste. J'attends de voir l'évolution de « Libération » pour fixer les mêmes règles à son endroit. Quant à la télévision, appuyez-vous au maximum sur La Cinquième et son président Jean-Marie Cavada. Après tout, ce ne sera que justice puisqu'il s'agit de la chaîne du savoir. Il est donc naturel qu'elle sache. Cavada est un véritable professionnel. Rappelez-vous qu'il fut le seul durant la campagne présidentielle à avoir eu le courage de m'interroger sur mon goût pour les pommes. Ce n'est pas Elkabbach qui aurait osé le faire ! Il n'y a rien à en tirer de celui-là. Pensez qu'il a fait un livre avec Balladur, c'est dire la confiance que l'on peut lui faire !

Cinquièmement : je veux qu'en toute circonstance l'on mette en avant ma simplicité et ma proximité avec le peuple. Inutile d'essayer de me faire jouer l'intellectuel. J'ai écrit deux livres durant la campagne. Après tout, c'est bien suffisant. Pas ques­tion que je m'y remette. D'ailleurs, depuis que nous sommes ici; Christine Albanel n'a plus aucune idée. On dirait le «ravi » des crèches de mon enfance. Je n'ai donc plus personne pour écrire et je m'en trouve parfaitement bien. Pas question non plus de me faire jouer le chien savant dans tous les colloques où l'on m'invite ; ça m'ennuie à mourir, ça ne sert à rien. Je veux en revanche multiplier les déplacements en province. J'aime les bains de foule, j'adore serrer les mains, signer des autographes, embrasser des enfants, célébrer la France éternelle. Je ne me sens jamais autant moi-même que sur le terrain. Je veux que l'on m'organise un tour de France tous les deux mois et, quand nous approcherons des législatives de 1998, nous passerons à un par mois. Je ne m'en remets pas, voyez-vous, d'avoir dû arrêter la campagne. C'est si bon, la campagne ! Ah, s'il n'y avait que les campagnes, comme la vie politique serait belle et douce ! Hélas, trois fois hélas, il y a l'élection. Et, pire que cela, les lendemains d'élection. Mon véritable cauchemar : notez bien que je ne veux plus voir un seul préfet en uniforme à moins de 100 mètres de moi. Ils sont le symbole honni d'une élite dont le peuple et moi ne voulons plus entendre parler. Vous veillerez à ce que le Falcon 900 de la présidence se pose dans tous mes déplacements à 50 kilomètres de mon point d'arrivée, afin que je n'y apparaisse qu'en voiture. Je veux que l'on garde ma vieille Citroën ; au besoin, faites la vieillir par les ateliers de la présidence. Je ne verrai que des avantages à ce qu'une ou deux rayures soient faites à la carrosserie. J'ai d'ailleurs mon idée. Balladur a bien fait le coup de l'autostop. J'aimerais que mon pneu crève sur la route de mon prochain déplacement. Il faudra dire à José de préparer le cric, je changerai moi-même le pneu. Que Claude prévienne Carreyrou (il est prêt à tout), cela fera de très bonnes images pour le 20 heures. Sixièmement : je vous demande de veiller à ce que je ne sois entouré que par des jeunes, comme au 14 juillet. Mais des vrais jeunes. Pas comme Juppé, Séguin, ou tous les autres. Même François Baroin fait beaucoup trop vieux. Je veux des vrais jeunes donc, comme Patrick Bruel, Vincent Lindon, ou même Patrick Sabatier. Après tout, ce sont eux qui m'ont fait confiance, m'ont soutenu, m'ont aidé. Pour des raisons biologiques évidentes, ils ne m'ont pas connu dans le passé. Ils ne savent rien de moi. Ils m'ont découvert en 1995. Il faut que vous en sachiez profiter. C'est ma clientèle. Je vous demande d'y veiller scrupuleusement. Septièmement : il convient de rechercher en urgence un endroit où je pourrai passer mes vacances d'été. Convoquez « Paris-Match pour le reportage habituel. Le parfait contre-exemple était les photographies de la famille Balladur dans leur appartement si bourgeoisement aménagé. J'ai quelques idées. Bernadette et moi pourrions peut-être nous rendre dans la journée dans un gîte rural aveyronnais. Cela fera tellement plaisir à Jacques Godfrain. Nous pourrions également nous détendre dans une pension de famille à Mantes-la-Jolie chez notre compagnon du coin Pierre Bédier. Une fois l'affaire médiatiquement bouclée, nous filerions à l'étranger. Bien malin celui qui découvrira la supercherie. A moins que vous ne préfériez que nous laissions filtrer l'information, selon laquelle j'ai choisi de me reposer chez Line Renaud. Bien sûr, Rueil-Malmaison, ça ne fait pas très populaire, mais Line Renaud, ça fait culturel. Douste-Blazy pourra se joindre à nous pour la photographie. Je suis certain que les véritables artistes et écrivains français y seraient particulièrement sensibles. Il faudra également me trouver un concert où je pourrai me rendre. J'ai tellement dit que je détestais la musique qu'il va bien falloir que je donne des gages. Si vous saviez comme je suis heureux d'être débarrassé de la mairie de Paris ! J'avais en horreur le football. C'est un sport de femmelettes qui passent leur temps à se sauter au cou. Ce n'est pas comme le rugby, un véritable sport d'hommes virils et loyaux. Quand je pense que je devais aller voir le PSG au moins une ou deux fois chaque année ! Un supplice ! Aujourd'hui encore, j'ignore tout de ce sport qui m'est totalement hermétique. Même Philippe Séguin a renoncé, c'est dire !

Huitièmement - j'allais oublier le plus important : il faut commencer à faire dire, et si possible écrire que le gouvernement gouverne et que moi, je préside. Je ne suis donc pas engagé par tout ce qu'il fait, surtout ce qu'il fait mal. J'aimerais que l'on s'abstienne de me faire prendre en photo aux côtés de MM. Juppé, Millon, de Charette, Debré et Madelin. De même que les femmes : je souhaite éviter Mmes Hubert, de Veyrinas. Sudre, de Panafieu et Couderc. Il faudra même me trouver en urgence deux ou trois domaines où je puisse clairement montrer la distance qui existe entre ce gouvernement et moi. Je n'ai pas compris pourquoi ils ont eu cette idée curieuse d'augmenter les impôts. Comment ils ont bien pu s'y prendre pour s'embourber en Bosnie, et pour quelles raisons ils ont tous la maladie de s'entourer de technocrates. Tiens, à ce train-là, je vais finir par avoir de la considération pour Jean-Jacques de Peretti. Au moins, lui, il ne fait rien, ça lui évite de dire et de faire des conneries. Si les autres pouvaient en faire autant, on aurait une petite chance de s'en sortir ! Quant à toi, Claude, je te demande d'apprendre aux côtés de Jacques Pilhan. Écoute, applique-toi, imbibe-toi de sa science qui est grande et qui m'est totalement étrangère. Un jour, je l'espère, tu pourras assumer seule à mes côtés cette tâche que je t'ai confiée. Quant à vous, Jacques, veillez sur Claude, elle est ce que j'ai de plus cher au monde, elle est votre sauvegarde à mes côtés. N'oubliez jamais que chez nous les gaullistes, on chasse en bande comme des loups et l'on se déchire comme des chiens. Méfiez-vous, c'est bien pire qu'au Parti socialiste.

Jacques Chirac

Posté par acidtest à 09:19 - Quand Sarko était marrant... - Commentaires [0] - Permalien [#]

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