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14 décembre 2005

Lettres de mon chateau : 2 - A l’attention de François Mitterrand

Pour une présentation générale des lettres de mon chateau, écrites par Mazarin, aka Sarkozy

Monsieur le Président et cher François,

J’espère que vous ne me tiendrez pas rigueur de cette familiarité. J’ai bien conscience que vous appeler par votre prénom peut vous paraître bien incongru. Je sais que vous détestez la familiarité et que vous avez tout fait pour cultiver l’éloignement entre l’univers et votre personne. Moi c’est tout le contraire ; je tutoie tout le monde sauf Bernadette que je vouvoie. Ca doit forcément vouloir dire quelque chose. Même si je serais bien en peine de l’analyser. D’ailleurs, il n’est rien que je déteste plus que ces phraseurs qui se perdent en considérations infinies sur le moindre détail. Je n’ai jamais fait appel à ces pseudo-scientifiques de la Cofremca sans lesquels Valery Giscard d’Estaing ne fait et ne décide rien. Le pauvre. Il s’est bien longtemps pris pour un intellectuel. Il n’était qu’un prétentieux. S’il vous plaît, ne lui répétez point ce jugement, car il me fut bien utile ces dernières semaines, et je ne voudrais pas passer pour un ingrat.

Bref, vous appeler par votre prénom me procure une sorte d’ivresse. J’ai l’impression aussi d’appartenir au cercle si rare de vos intimes, de vos proches, de ceux qui peuvent se permettre de s’adresser à vous comme à un ami, plutôt qu’à un égal. C’est ma façon de réaliser que je suis désormais à votre place. Ce fut si long, si difficile, si pesant que j’ai du mal encore aujourd’hui à y croire. Bien sur, il y a Roger Romani qui me donne du « monsieur le Président de la République » autant que j’en ai envie. Mais ce n’est que lui. Quelle importance voulez vous que j’y attache ? Chacun son Pierre Berger. Alors votre lettre m’a bien aidé. Connaissant votre hauteur de vue et votre vraie générosité, je ne doute pas que vous l’ayez fait à dessein. Si vous trouvez quelques plaisir à poursuivre cet échange épistolaire appelez moi Jacques. J’y verrais la marque, que j’espère définitive de votre considération.

Et puis cela me fait tellement de bien de pouvoir écrire ! C’est un plaisir que j’ai découvert sur le tard. Jusqu'à soixante-deux ans, rien. Pas même la moindre petite ligne. Et puis, tout d’un coup, ce fut la révélation. C’est Jean-Michel Goudard qui m’a ouvert les yeux. Son diagnostic était sans appel. Les Français ne regardent que la télévision, mais ne respectent que la littérature. Moins ils lisent, plus ils considèrent les écrivains. Pour être pris au sérieux, il fallait que j’écrive. Et puis ça ne devait pas être aussi difficile que ça, puisque ce prétentieux d’Edouard Balladur arrive à en publier un par an. Remarquez que lorsque nous étions amis, il me les adressait régulièrement. Je me suis toujours contenté de lire les dédicaces. Aller plus loin m’était impossible, trop sérieux et trop ennuyeux. D’ailleurs la lecture, ça n’était pas mon fort, mis à part l’histoire des Celtes ou la poésie chinoise. C’est aride et cela présente l’immense avantage que l’on est rarement contredit. Je peux ainsi paraître bien savant à bon compte Remarquez, j’ai peu à impressionner car je déteste les dîners en ville. Un bon western devant sa télévision avec ses pantoufles, c’est tout de même plus agréable que ces rasoirs qui ont des idées sur tout, spécialement lorsqu’il s’agit des chefs d’entreprise. Et encore plus lorsqu’ils sont membres du CNPF. J’aime mieux avoir à ma table Marc Blondel. Avec lui, au moins on ne risque pas de se perdre dans des considérations trop intellectuelles !

C’est donc Jean-Michel Goudard qui a eu cette idée géniale de me faire découvrir l’écriture. Il l’a expliqué à Claude, puis Claude m’a demandé de me mettre au travail. François Pinault, vous savez ce patron qui est de mes amis, m’a loué une maison près de Montfort-l’Amaury et le tour était joué. J’ai commencé à écrire. Certes j’y ai été prudemment : 142 pages. Mais pour un débutant, ce n’est pas rien… D’ailleurs j’ai aimé, puisque cela m’a permis d’être élu. Je recommencerai donc pour le prochain septennat. Dans l’intervalle, je me contenterai de vous écrire. Un jour peut être, on publiera nos correspondances. Je serai alors définitivement entré dans la cour des écrivains ou tout du moins des intellectuels. Ceux-là, je ne suis pas près de leur pardonner. Ils m’ont si souvent moqué ! Les voir se prosterner aujourd’hui me procure un plaisir immense. Je sais que vous aimez Proust, Chateaubriand, et que vous reconnaissez un immense talent à Céline. Je n’ai pas vos goûts. Je préfère Denis Tillinac, un remarquable écrivain corrézien, ou même Franz-Olivier Giesbert. Ils ont tant fait pour mon élection. C’est un juste retour des choses que je privilégie leurs œuvres. Souvent ils viennent me voir en compagnie de mon vieil ami de Sciences po, Paul Guilbert, la meilleure plume du « Figaro ». Ils me parlent des Français et de leurs attentes, de leurs rêves. Ils me disent ce qui va, ce qui ne va pas. Ils sont sévères, mais tellement justes à la fois. Ils n’oublient jamais un compliment et, jusqu’à présent, ne trouvent aucune critique. Je redoute le jour où cela viendra. Ils me mettent en garde contre Juppé. Je crois qu’ils exagèrent, mais il est vrai cependant qu’à deux ou trois reprises j’ai du me fâcher contre lui. Pour le punir, c’est très simple, il suffit que je voie Philippe Seguin. C’est deux-là se détestent tant et depuis si longtemps ! Du coup, j’ai décidé de déjeuner tous les mardis avec Séguin. Ce jour là au moins, je suis certain que Juppé ne déjeunera pas de bon appétit. Tout l’après-midi, il est pendu au téléphone de Villepin pour qu’il lui raconte notre conversation. Celui-là ne sait rien car je me fais un malin plaisir à le lui cacher. Il fut le directeur du cabinet de Juppé alors !

Vous le voyez, la vie à l’Elysée a repris. Certes, il y a encore beaucoup de bureaux qui sont vides car je souhaite donner l’impression de la simplicité et de l’économie. Et puis un jour, je devrai bien, quand les ennuis seront là, faire venir d’autres collaborateurs, peut être même des balladuriens. Sait-on jamais, quand les miens seront trop usés, il faudra bien en trouver d’autres. Après deux ans sans rien, ils seront prêts à accepter n’importe quoi. Oui, vraiment, vous écrire est un bonheur. Et puis, à qui d’autre que vous pourrais-je le faire ? Pour téléphoner, c’est facile, je le fais sans cesse. On téléphone à n’importe qui pour n’importe quoi, n’importe comment ; ça sonne, on parle, on raccroche, et puis c’est fini. On n’y pense plus. Il n’y a ni trace, ni effort. Alors que la lettre, cela reste. Me voyez-vous écrire à Pons ? C’est Pasqua en pire et sans accent ! Dieu sait ce qu’il ferait de ma lettre. A Jean-Louis Debré ? il serait affolé. Pensez, une lettre de moi ! Déjà lorsque je lui téléphone il est au garde-à-vous. La police a déjà déteint sur lui. A Millon ? Oui, cela m’éviterait de l’entendre. C’est un avantage. Si vous saviez comme il est bavard, et pour dire si peu ! Il y a bien Madelin, mais lui, c’est tout le contraire, il a tout lu et tout retenu, mais hélas souvent à l’envers. C’est une vraie migraine à lui tout seul. Quant à Edouard Balladur, nous ne parlons plus. Je ne veux plus le voir ! Alors, lui écrire, je le connais, il serait capable de me dire que j’écris mal. Il ne savait me faire que des reproches. J’avais fini par douter.

Oui, à la réflexion, il n’y a que vous, François, de président à président : c’est une véritable correspondance. Mais je m’aperçois que j’ai oublié de vous avertir que j’ai changé, et même rompu avec l’une de vos habitudes. Il faut dire qu’elle était bien détestable. Lors du Conseil des ministres, vous ne serriez la main à personne. Tout juste m’a-t-on dit, que vous tendiez une main molle à vos deux voisins. Sous Balladur, il y avait Méhaignerie à votre gauche, cela faisait l’affaire ; moi j’ai Bayrou, ce n’est guère mieux. Il n’y a que sa poignée de main qui fasse illusion à celui là ! Balladur avait fini par vous suivre. C’est bien dans sa nature. Eh bien j’ai décidé que les choses allaient changer, et dans le bon sens encore. Désormais, je serre les mains de tous mes ministres. Dans mon enthousiasme, il m’arrive même de le faire deux fois. Cela n’a aucune importance, il faut voir comment Raoult rosit de plaisir. On dirait Obélix devant un sanglier ! Je les salue tout de même. Douste-Blazy, c’est seulement un peu plus long avec lui car il à toujours un compliment à me faire. Celui-ci, c’est ma garde rapprochée à lui tout seul. Il y a aussi Barnier, un ancien Balladurien, qui trouve toujours que je ne parle pas assez de questions sociétales. Il est aussi triste que son ancien patron. C’est bien fait, il a été rétrogradé. Il n’est plus que ministre délégué. Je l’ai mis derrière Peretti, c’est dire qu’il n’y avait plus beaucoup de place.

 

Juste un dernier mot en forme de supplique : la rumeur est venue que vous teniez rigueur à Jacques Pilhan de s’être promu à mon service avec tant d’empressement. C’est injuste car ce n’est pas une trahison de sa part. Je me suis seulement contenté de doubler ses émoluments. Vous ne pouvez donc pas lui en vouloir. Il travaille pour moi plus cher que pour vous. L’ordre naturel des choses est donc préservé. La morale est sauve. Il m’aime moins que vous, il me coûte plus cher. Il est donc resté fidèle à sa manière. J’espère simplement qu’il me sera aussi utile car, s’il fallait le changer lui aussi, je serais bien dans l’embarras. Il ne me resterait que Séguéla : il a déjà tellement servi !

Voilà, mon cher François, ce que je voulais vous dire en quelques mots. J’ai pu soulager mon cœur, vous parler sans précaution, comme un président peut le faire à un autre président.

Vôtre,

Jacques Chirac

Post-scriptum : N’en voulez surtout à Bernadette qui a absolument tenu à ce que l’on change la décoration des appartements privés de l’Elysée. Ce n’était pas qu’elle n’aimait pas votre goût, mais elle n’arrive pas à abandonner nos appartements privés de l’Hôtel de Ville. Ne le répétez pas, ce n’est pas le moment avec toutes ses histoires de HLM, mais ils font 1.800 mètres carrés, c'est-à-dire dix fois l’appartement de Juppé qui n’est déjà pas si mal ! Alors, pour elle, se retrouver à l’Elysée c’est dur. Pour votre bureau, c’est moi qui en assume la paternité. Je ne pouvais supporter cette couleur bleu salle de bains, et puis, reprendre le bureau du général de Gaulle, cela s’imposait. Vous savez, François, les symboles, cela compte pour moi aussi.

Posté par acidtest à 14:38 - Quand Sarko était marrant... - Commentaires [0] - Permalien [#]

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