13 décembre 2005
Lettres de mon chateau : 4 - A l'attention de Jean Tibéri
Pour une présentation générale des lettres de mon chateau, écrites par Mazarin, aka Sarkozy
Monsieur le maire et cher
Jean,
J'ai tardé à t'écrire pour
te féliciter de ton élection à la mairie de Paris. J'espère que tu comprendras
que je n'ai guère eu de loisirs ces derniers temps. J'ai été triste que tu
perdes six arrondissements que j'avais constamment su nous garder. Je me demande
même comment vous avez fait pour conserver le XVIe et le VIIe
! Mais c'est ainsi, il vous faudra tous désormais apprendre à vous débrouiller
sans moi. Car je ne veux plus rien avoir affaire avec la mairie de Paris. J'en
ai suffisamment soupé depuis dix-huit ans. Inutile donc de me parler du moindre
dossier. Ce n'est plus mon affaire. D'ailleurs, tu sais mieux que personne que
je vous ai laissé, à Romani, à Juppé et à toi tes pleins pouvoirs depuis des
années. Je n'ai donc aucune responsabilité dans vos décisions. Il est temps
maintenant que vous les assumiez. Concernant le bureau et l'appartement,
j'envisage de les conserver encore quelques mois. Je suis certain que tu n'y
verras pas d'inconvénient D'ailleurs, quand je te l'aurai rendu, je ne saurais
trop te conseiller de transformer mon bureau en salle de réunion. Je ne te vois
pas du tout dans cette pièce immense où tu donneras le sentiment de disparaître.
Ce serait de bien mauvais augure pour tes débuts. Tranquillise-toi, je ne t'en
veux nullement des ennuis que tu m'as procurés avec Toubon. Il est déchaîné. Il
est persuadé qu'il aurait fait un bien meilleur maire que toi. Je crois surtout
que c'est cette maniérée de Lise qui le remonte ! Elle s'imagine tellement à la
place de Xavière. Remarque qu'avec le sens inné de la désorganisation
brouillonne qui le caractérise, il y aurait bien peu de chances qu'avec lui la
détestable circulation parisienne s'améliore. Tu comprendras qu'avec toutes ces
histoires récentes, la mairie de Paris n'est pas un très bon souvenir pour moi.
Je n'emmènerai donc personne de mon ancien staff parisien. J'ai refilé
mon directeur de cabinet, Rémi Chardon, à Juppé pour qu'il s'occupe des
DOM-TOM. D'ailleurs, Claude ne pouvait pas le sentir ; comme toujours, elle avait bien raison. Quant à mon ancien chef de cabinet,
Jean-Eudes Rabut, je te conseille de l'éloigner. Il a suivi depuis des années
les questions du logement. Il est temps qu'il fasse autre chose. Finalement, la
seule personne qui vaille vraiment la peine que je l'emmène
à l'Elysée, c'est mon fidèle huissier José. J'aime parler avec lui. Parfois même,
nous disparaissions tous les deux pour aller déguster une bonne bière sur les
Quais. Lui au moins ne m'a jamais rien demandé. Il est désintéressé. C'est bien
le seul ! De surcroît, il sait écouter. J'ai une entière confiance en lui.
J'aime son jugement sur les choses et les gens. D'ailleurs, il fut le premier à
me conseiller de prendre mes distances avec vous tous. « Ça sent mauvais », ne
cessait-il de me répéter. Il avait raison. Et puis j'ajoute que c'est bien le
seul de nous tous à n'avoir jamais voulu être logé par la Ville. Et puis je
dois bien te dire que l'idée de ne plus avoir à supporter les colères hystériques
de Dominati est un profond soulagement. Heureusement, il n'a que deux fils,
sinon il n'y avait pas assez d'arrondissements pour caser sa famille. Je te
conseille d'être avec lui aussi ferme que je l'ai été moi-même : les fils oui,
les cousins pas question. Vois-tu, Jean, il y a un moment où il faut savoir
taper du poing sur la table. Appuie-toi sur ce brave Romani. Il ne connaît ni
Paris, ni les Parisiens, mais il sait admirablement flatter les petits travers
de la nature humaine. Conserve-lui son bureau de questeur, son canapé, et ses
frais de représentation. Avec cela, tu te l'attaches. Méfie-toi enfin de Cabana
; il aurait tôt fait de te fâcher avec tout Paris. Ses idées en matière
d'urbanisme sont folles. Il n'est pas très grand, c'est sans doute pour ça
qu'il trouve que les immeubles ne sont jamais assez hauts.
Je m'aperçois
que je suis en train de revenir à mes anciennes amours. Il est temps d'y mettre
un terme. Je te l'ai dit, la mairie, c'est fini. Courage Jean ! Sois sans
faiblesse, Paris est à toi. Essaye. donc de ne pas dilapider ce que j'ai eu
tant de mal à te laisser. Bien amicalement à toi,
Jacques
Chirac
P.S. : :Je ne sais ce qu'il y a dans les domaines
des HLM de Paris, mais Toubon me dit que ce n'est pas très bon. Tu devrais te
renseigner. A propos, on me parle d'un certain Peyrolle qui serait un élu corrézien.
Qui est-ce ?
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Réponse de Jean
Tibéri à Jacques Chirac
Quant à ton bureau, car c'est
bien du tien dont il s'agit, je considère comme un honneur que
notre président de la République l'occupe Ce
simple fait remplit les Parisiennes et les Parisiens d’une indicible fierté. Tu
ne t’imagines pas l’honneur que tu leur fais. En revanche, pour l’appartement,
je serais heureux que nous puissions l’occuper à notre tour. Ma chère Xavière y
tient, essentiellement. J’ajoute que tu nous libéreras ainsi les deux
appartements de la Ville qu’occupent mes deux enfants. Ils ont l’intention de
venir habiter à l’Hôtel de Ville. C’est vraiment adorable.
Je t'en prie, ne me parle pas de Toubon, pas plus que de Juppé d'ailleurs. Ton garde des Sceaux n'attend que mon échec. Il a exigé d'être adjoint sans délégation de surcroît. Je suis certain que
c'est pour mettre son nez partout. Avec ça, tu peux être sûr que les affaires des
Parisiens iront mieux. A l'état normal, il est en
permanence agité par un mouvement
brownien. Tu peux imaginer ce qu'il est devenu, alors que tu n'étais pas là et qu'il pense avoir
autorité sur les juges. Cela finira mal. Si nous avions
une armée, je suis certain qu'il déclarerait la guerre aux communes voisines. Quant à Juppé, je ne peux pas dire
que sa solidarité m'a impressionné... Ce qu'il a dit après les municipales m'est
resté au travers de la gorge. Bien sûr, je n'ai rien répondu. Tu sais
d'ailleurs que ce n'est pas mon genre de dire quelque chose, mais fais-leur
savoir de ma part que je ne suis
pas décidé à porter le chapeau à moi tout seul. Après tout, on ne peut pas dire à la fois que j'ai été transparent pendant
toutes ces années à tes côtés et que dans le même temps ma seule action
et ma seule personne sont responsables de tous les dysfonctionnements actuels
et de la perte de six arrondissements. Sans doute aussi devrais-je me considérer responsable de la perte de la finale de la Coupe d'Europe par
le PSG. D'ailleurs, Jacques, toi même, tu n'as guère levé le petit doigt durant
cette campagne municipale. Pas un mot. Pas un communiqué. Pas même un coup de téléphone. A croire que j'étais devenu un paria. Je me suis vu dans la peau de Sarkozy,
encore que pour lui c'était mérité. Mais moi qu'ai-je fait
d'autre que de t'être fidèle, de me taire, ou les deux à la fois ? C'est un comble,
il a fallu que Balladur me soutienne. Oui, Balladur, Édouard ! J'ai l'audace de
t'en parler, toi qui ne veux même plus qu'on prononce
son nom devant toi. Balladur, lui, m'a soutenu. Et je suis certain que ce n'est
pas seulement à cause de l'appartement
de son fils. Heureusement, il y a aussi Roger Romani. Lui ne m'a pas laissé tomber Quand ça va mal, nous nous
retrouvons dans son grand bureau autour d'un verre de Cap Corse. Ça nous
rappelle notre île et ça prépare le questeur à sa sieste qu'il fait toujours allongé sur son canapé, derrière son paravent. C'est là qu'il pense être le plus utile. Enfin, tu ne m'as guère facilité la tâche en nommant tous ces élus parisiens ministres.
De quoi voulais-tu donc les remercier ? Le pire, c'est Debré. Tu te rends compte qu'il a voulu la Culture. Oui, la Culture. Je
n'y connais rien, mais tout de même, il y a des limites à la provocation. Tu m'as imposé tous tes ministres
comme adjoints, même les battus. J'aurai
ma revanche. Je vais vendre les appartements qu'ils occupent au nom de la transparence
et de la démocratie. Je commencerai par celui de Juppé et, s'il n'y a pas d'acquéreur, c'est moi qui m'en
porterai acheteur. Crois-moi, celui-ci a voulu aller à Bordeaux. Je veillerai à ce qu'il y reste.
Tu sais, je finis par me demander si j'en avais vraiment envie, de
cette mairie de Paris. Peut-être ai-je trop attendu ?
Peut-être que le moment pour me la laisser n'était pas le meilleur ? Mais sans doute aurais-je préféré que tu bénéficies encore d'un an ou deux pour terminer ton œuvre. J'ai la fâcheuse impression que
cela arrange trop de monde que cela soit moi maintenant. C'est sans doute tes
idées, mais j'ai fini par me dire qu'on voulait me
faire porter un chapeau trop grand pour moi. Mais rassure-toi, depuis j'ai
chassé ces mauvaises pensées. Xavière et les enfants sont
si fiers. Après tout, ce n'est pas rien d'être maire de Paris !
Jean Tibéri
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