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blog bd sur la présidentielle 2007 et regard humoristique sur la campagne

13 décembre 2005

Lettres de mon chateau : 4 - A l'attention de Jean Tibéri

Pour une présentation générale des lettres de mon chateau, écrites par Mazarin, aka Sarkozy


Monsieur le maire et cher Jean,

J'ai tardé à t'écrire pour te féliciter de ton élection à la mairie de Paris. J'espère que tu comprendras que je n'ai guère eu de loisirs ces derniers temps. J'ai été triste que tu perdes six arrondissements que j'avais constamment su nous garder. Je me demande même comment vous avez fait pour conserver le XVIe et le VIIe ! Mais c'est ainsi, il vous faudra tous désormais apprendre à vous débrouiller sans moi. Car je ne veux plus rien avoir affaire avec la mairie de Paris. J'en ai suffisamment soupé depuis dix-huit ans. Inutile donc de me parler du moindre dossier. Ce n'est plus mon affaire. D'ailleurs, tu sais mieux que personne que je vous ai laissé, à Romani, à Juppé et à toi tes pleins pouvoirs depuis des années. Je n'ai donc aucune responsabilité dans vos décisions. Il est temps maintenant que vous les assumiez. Concernant le bureau et l'appartement, j'envisage de les conserver encore quelques mois. Je suis certain que tu n'y verras pas d'inconvénient D'ailleurs, quand je te l'aurai rendu, je ne saurais trop te conseiller de transformer mon bureau en salle de réunion. Je ne te vois pas du tout dans cette pièce immense où tu donneras le sentiment de disparaître. Ce serait de bien mauvais augure pour tes débuts. Tranquillise-toi, je ne t'en veux nullement des ennuis que tu m'as procurés avec Toubon. Il est déchaîné. Il est persuadé qu'il aurait fait un bien meilleur maire que toi. Je crois surtout que c'est cette maniérée de Lise qui le remonte ! Elle s'imagine tellement à la place de Xavière. Remarque qu'avec le sens inné de la désorganisation brouillonne qui le caractérise, il y aurait bien peu de chances qu'avec lui la détestable circulation parisienne s'améliore. Tu comprendras qu'avec toutes ces histoires récentes, la mairie de Paris n'est pas un très bon souvenir pour moi. Je n'emmènerai donc personne de mon ancien staff parisien. J'ai refilé mon directeur de cabinet, Rémi Chardon, à Juppé pour qu'il s'occupe des DOM-TOM. D'ailleurs, Claude ne pouvait pas le sentir ; comme toujours, elle avait bien raison. Quant à mon ancien chef de cabinet, Jean-Eudes Rabut, je te conseille de l'éloigner. Il a suivi depuis des années les questions du logement. Il est temps qu'il fasse autre chose. Finalement, la seule personne qui vaille vraiment la peine que je l'emmène à l'Elysée, c'est mon fidèle huissier José. J'aime parler avec lui. Parfois même, nous disparaissions tous les deux pour aller déguster une bonne bière sur les Quais. Lui au moins ne m'a jamais rien demandé. Il est désintéressé. C'est bien le seul ! De surcroît, il sait écouter. J'ai une entière confiance en lui. J'aime son jugement sur les choses et les gens. D'ailleurs, il fut le premier à me conseiller de prendre mes distances avec vous tous. « Ça sent mauvais », ne cessait-il de me répéter. Il avait raison. Et puis j'ajoute que c'est bien le seul de nous tous à n'avoir jamais voulu être logé par la Ville. Et puis je dois bien te dire que l'idée de ne plus avoir à supporter les colères hystériques de Dominati est un profond soulagement. Heureusement, il n'a que deux fils, sinon il n'y avait pas assez d'arrondissements pour caser sa famille. Je te conseille d'être avec lui aussi ferme que je l'ai été moi-même : les fils oui, les cousins pas question. Vois-tu, Jean, il y a un moment où il faut savoir taper du poing sur la table. Appuie-toi sur ce brave Romani. Il ne connaît ni Paris, ni les Parisiens, mais il sait admirablement flatter les petits travers de la nature humaine. Conserve-lui son bureau de questeur, son canapé, et ses frais de représentation. Avec cela, tu te l'attaches. Méfie-toi enfin de Cabana ; il aurait tôt fait de te fâcher avec tout Paris. Ses idées en matière d'urbanisme sont folles. Il n'est pas très grand, c'est sans doute pour ça qu'il trouve que les immeubles ne sont jamais assez hauts.

Je m'aperçois que je suis en train de revenir à mes anciennes amours. Il est temps d'y mettre un terme. Je te l'ai dit, la mairie, c'est fini. Courage Jean ! Sois sans faiblesse, Paris est à toi. Essaye. donc de ne pas dilapider ce que j'ai eu tant de mal à te laisser. Bien amicalement à toi,

Jacques Chirac

P.S. : :Je ne sais ce qu'il y a dans les domaines des HLM de Paris, mais Toubon me dit que ce n'est pas très bon. Tu devrais te renseigner. A propos, on me parle d'un certain Peyrolle qui serait un élu corrézien. Qui est-ce ?

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Réponse de Jean Tibéri à Jacques Chirac

 Monsieur le président de la république et cher Jacques,

 J'ai été très touché par tes chaleureuses félicitations. La mairie de Paris est pour ma famille et moi-même un aboutissement. Tu sais combien je me suis engagé à tes côtés depuis tant d'années au service de notre capitale. C'est un grand soulagement pour moi de te savoir à ce point mobilisé à mes côtés. J'en aurai bien besoin. Tu peux être assuré que je continuerai à suivre scrupuleusement la ligne que tu nous a fixée depuis dix-huit ans. Je n'hésiterai pas à solliciter ton avis avant de changer le moindre responsable. Je connais les fidélités qui t'ont toujours lié aux plus hauts responsables de l'administration parisienne. Je ne te cache pas cependant mon étonnement. Emmener avec toi José, ton huissier, est une erreur. Je sais bien qu'il est corrézien d'adoption, qu'il s'entend avec ton nouveau chef de cabinet à l'Élysée, Annie L'Héritier. Il est bien le seul à laisser ici un souvenir détestable. Il t'a toujours arrangé tes petites affaires mais enfin, c'est un fourbe qui écoute aux portes, qui a toujours dit le plus grand mal des Corses. Quand je pense que son père est espagnol. Je préfère te prévenir qu'il est capable de faire battre des montagnes et qu'il ne manquera pas de faire régner sous peu à l'Élysée le climat délétère qui a si longtemps caractérisé l'Hôtel de Ville. Enfin, tu feras bien comme tu le veux. Après tout, c'est toi le président.

Quant à ton bureau, car c'est bien du tien dont il s'agit, je considère comme un honneur que notre président de la République l'occupe Ce simple fait remplit les Parisiennes et les Parisiens d’une indicible fierté. Tu ne t’imagines pas l’honneur que tu leur fais. En revanche, pour l’appartement, je serais heureux que nous puissions l’occuper à notre tour. Ma chère Xavière y tient, essentiellement. J’ajoute que tu nous libéreras ainsi les deux appartements de la Ville qu’occupent mes deux enfants. Ils ont l’intention de venir habiter à l’Hôtel de Ville. C’est vraiment adorable.

Je t'en prie, ne me parle pas de Toubon, pas plus que de Juppé d'ailleurs. Ton garde des Sceaux n'attend que mon échec. Il a exigé d'être adjoint sans délégation de surcroît. Je suis certain que c'est pour mettre son nez partout. Avec ça, tu peux être sûr que les affaires des Parisiens iront mieux. A l'état normal, il est en permanence agité par un mouvement brownien. Tu peux imaginer ce qu'il est devenu, alors que tu n'étais pas là et qu'il pense avoir autorité sur les juges. Cela finira mal. Si nous avions une armée, je suis certain qu'il déclarerait la guerre aux communes voisines. Quant à Juppé, je ne peux pas dire que sa solidarité m'a impressionné... Ce qu'il a dit après les municipales m'est resté au travers de la gorge. Bien sûr, je n'ai rien répondu. Tu sais d'ailleurs que ce n'est pas mon genre de dire quelque chose, mais fais-leur savoir de ma part que je ne suis pas décidé à porter le chapeau à moi tout seul. Après tout, on ne peut pas dire à la fois que j'ai été transparent pendant toutes ces années à tes côtés et que dans le même temps ma seule action et ma seule personne sont responsables de tous les dysfonctionnements actuels et de la perte de six arrondissements. Sans doute aussi devrais-je me considérer responsable de la perte de la finale de la Coupe d'Europe par le PSG. D'ailleurs, Jacques, toi même, tu n'as guère levé le petit doigt durant cette campagne municipale. Pas un mot. Pas un communiqué. Pas même un coup de téléphone. A croire que j'étais devenu un paria. Je me suis vu dans la peau de Sarkozy, encore que pour lui c'était mérité. Mais moi qu'ai-je fait d'autre que de t'être fidèle, de me taire, ou les deux à la fois ? C'est un comble, il a fallu que Balladur me soutienne. Oui, Balladur, Édouard ! J'ai l'audace de t'en parler, toi qui ne veux même plus qu'on prononce son nom devant toi. Balladur, lui, m'a soutenu. Et je suis certain que ce n'est pas seulement à cause de l'appartement de son fils. Heureusement, il y a aussi Roger Romani. Lui ne m'a pas laissé tomber Quand ça va mal, nous nous retrouvons dans son grand bureau autour d'un verre de Cap Corse. Ça nous rappelle notre île et ça prépare le questeur à sa sieste qu'il fait toujours allongé sur son canapé, derrière son paravent. C'est là qu'il pense être le plus utile. Enfin, tu ne m'as guère facilité la tâche en nommant tous ces élus parisiens ministres. De quoi voulais-tu donc les remercier ? Le pire, c'est Debré. Tu te rends compte qu'il a voulu la Culture. Oui, la Culture. Je n'y connais rien, mais tout de même, il y a des limites à la provocation. Tu m'as imposé tous tes ministres comme adjoints, même les battus. J'aurai ma revanche. Je vais vendre les appartements qu'ils occupent au nom de la transparence et de la démocratie. Je commencerai par celui de Juppé et, s'il n'y a pas d'acquéreur, c'est moi qui m'en porterai acheteur. Crois-moi, celui-ci a voulu aller à Bordeaux. Je veillerai à ce qu'il y reste.

Tu sais, je finis par me demander si j'en avais vraiment envie, de cette mairie de Paris. Peut-être ai-je trop attendu ? Peut-être que le moment pour me la laisser n'était pas le meilleur ? Mais sans doute aurais-je préféré que tu bénéficies encore d'un an ou deux pour terminer ton œuvre. J'ai la fâcheuse impression que cela arrange trop de monde que cela soit moi maintenant. C'est sans doute tes idées, mais j'ai fini par me dire qu'on voulait me faire porter un chapeau trop grand pour moi. Mais rassure-toi, depuis j'ai chassé ces mauvaises pensées. Xavière et les enfants sont si fiers. Après tout, ce n'est pas rien d'être maire de Paris !

Jean Tibéri

Posté par acidtest à 14:36 - Quand Sarko était marrant... - Commentaires [0] - Permalien [#]

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